Différencier la puncture physiothérapique, le dry needling et l’acupuncture

Différencier la puncture physiothérapique, le dry needling et l’acupuncture

La «puncture physiothérapique» ou dry-needling en anglais, est en fait une technique qui vient de l’acupuncture. La technique consiste en la pénétration de la peau à l’aide de minces aiguilles métalliques solides manipulées de façon manuelle. Cette pratique vient de Chine et est utilisée dans plusieurs pays en Asie, et ce, depuis des milliers d’années. L’acupuncture est un élément clé de la médecine traditionnelle chinoise. Actuellement, l’acupuncture est pratiquée dans plusieurs pays du monde et est de plus en plus populaire dans les pays occidentaux. Pourtant, certains thérapeutes semblent vouloir s’improviser acupuncteurs, sans avoir les formations nécessaires.

Avec l’accroissement de l’intérêt en acupuncture en Occident, la pratique que les physiothérapeutes ont décidé de nommer «puncture physiothérapique avec aiguilles sèches» ou dry-needling en anglais s’est répandue. Cette technique est chaudement débattue dans les milieux universitaires ainsi que dans les ordres professionnels. La puncture avec aiguilles sèches (dry-needling) est un objet de litige, car certains professionnels autres que les acupuncteurs revendiquent le droit de pratiquer. C’est le cas des physiothérapeutes (et aussi de certains chiropraticiens, infirmières, et autres professionnels). Ces professionnels utilisent les aiguilles d’acupuncture avec très peu de formation, comparativement aux acupuncteurs. Ce manque d’heures de formation peut être dangereux pour le patient.

La puncture physiothérapique est vue par plusieurs, spécialement dans la communauté des acupuncteurs, comme une manière stratégique de contourner les règles du jeu, contourner l’obligation d’avoir une formation pour pratiquer. Au Québec, l’Ordre des Acupuncteurs du Québec s’occupe de surveiller les acupuncteurs dans leur pratique. Le Physiotherapy Journal a démontré dans une étude qu’une formation complète en acupuncture réduit les risques d’incidents de moitié, contrairement à ceux qui ont obtenu des formations de moins d’un an en dry needling. Le 6 novembre 2015, le Journal of Acupuncture in Medicine publiait un article intitulé Dry needling vs Acupuncture. Un éditorial accompagnait cet article, il mentionnait que le dry needling, soit la puncture physiothérapique, telle qu’utilisée dans le traitement des troubles musculo-squelettique, est une variante de l’acupuncture occidentale, bien qu’elle se distingue de l’acupuncture traditionnelle. Le droit de pratiquer la puncture physiothérapique devrait être mieux encadré, on ne s’improvise pas acupuncteur! La preuve historique et les faits démontrent que la puncture physiothérapique est une forme d’acupuncture.

Les acupuncteurs ont mené le développement et l’éducation de la puncture physiothérapique

Les physiothérapeutes et autres professionnels utilisent le terme puncture physiothérapique pour décrire l’utilisation des aiguilles filiformes solides (c.-à-d., aiguilles d’acupuncture). Ces aiguilles servent à perforer les points gâchettes myofasciaux, aussi appelé trigger points en anglais. L’intention clinique est d’éliminer les tensions myofasciales pathologiques pour traiter les douleurs. La méthode est parfois appelée puncture physiothérapique des points gâchettes ou physiothérapie intramusculaire. En soi, c’est une façon de pratiquer cette technique avec d’autres mots, mais à la base c’est de l’acupuncture.

D’où vient ce débat?

Un chevauchement entre la profession de physiothérapeute et celle des acupuncteurs peut être l’origine du débat sur la puncture physiothérapique. Aux États-Unis, depuis environ 2000, le dry needling (ce que les physiothérapeutes ont décidé d’appeler puncture physiothérapique) est principalement développé et promu par les acupuncteurs. Certains acupuncteurs ont développé des entreprises d’éducation continue et ont recruté beaucoup de physiothérapeutes comme étudiants. D’autres acupuncteurs ont été engagés par des écoles de physiothérapie pour introduire l’acupuncture à leurs étudiants ainsi qu’à leur faculté. D’autres encore, parmi ces formateurs étudient dans des écoles de physiothérapie pour obtenir un doctorat dans ce domaine. Il est important de savoir que les personnes qui pratiquent l’utilisation d’aiguilles sèches sous le derme (UASD) n’ont pas reçu une formation complète pour apprendre comment utiliser ces aiguilles adéquatement, contrairement aux acupuncteurs.

Mark Seem, PhD, fondateur du Tri-State College of Acupuncture à New York a développé une approche classique de l’acupuncture chinoise afin de l’intégrer au travail d’un docteur occidental. C’est aussi le cas de la Dre Janet Travell qui a écrit des livres et des articles sur le dry needling. Plusieurs autres médecins l’ont fait via des connaissances acquises dans les années 70 jusque dans les années 90. Suite à plusieurs observations en clinique, il était facile de constater que l’acupuncture n’était pas bien utilisée dans leurs pratiques quotidiennes. En fait, la plupart des aiguilles utilisées par ces docteurs étaient différentes de celles utilisées en acupuncture.

Le Dr. Seem a partagé cette technique classique d’acupuncture avec la Dre. Travell en traitant un cas complexe du syndrome du whiplash pour libérer les zones gâchettes myofasciales. En 1993, il a également publié A New American Acupuncture qui couvre le sujet du dry needling. Il a ensuite enseigné cette méthode d’acupuncture pendant plus de 25 ans à l’international.

Pourtant, une telle puncture existe depuis plus de 2000 ans. Les acupuncteurs appellent cela Ashi (les points d’acupuncture). Aux États-Unis, de telles techniques sont utilisées à la fois par les acupuncteurs traditionnels et les acupuncteurs médicaux depuis 1820, y compris par Sir William Olser. De tels points Ashi, incluant les zones gâchettes myofasciales (points gâchettes), les points moteurs, où les points sensibles sont considérés des points d’acupuncture.

Le sujet vous intéresse? N’hésitez pas à contacter Alain Bernard, acupuncteur certifié, pour obtenir plus d’informations.

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